Autopsie de la reconnaissance :  quand l’ingratitude a bon dos.

Ecrit par Ami Rougé

Dans nos interactions les uns envers les autres, il arrive que nous nous fassions du bien, que nous nous offrions des cadeaux, que nous nous rendions des services, et nous attendons de la reconnaissance des uns envers les autres. L’ingratitude est le contraire de la reconnaissance. L’ingratitude fait mal, l’ingratitude blesse, l’ingratitude peut tuer, l’ingratitude est une trahison, l’ingratitude est un poignard dans le dos, l’ingratitude d’un ami est pire que les attaques d’un ennemi. Mais l’ingratitude a aussi bon dos.  S’il est vrai que nous devons être reconnaissants pour l’amour, la gentillesse, les efforts, les cadeaux et les services que nous nous rendons les uns aux autres, force est de reconnaître que dans cette société en quête de reconnaissance nous taxons trop facilement les autres d’ingrats. Les récits de reconnaissance semblent plus rares que les récits d’ingratitude. Quelqu’un s’est interrogé ainsi : « la reconnaissance est décédée ; je me demande pourquoi les gens sont de plus en plus ingrats ? » Vous êtes-vous déjà posé une question similaire ?  Oui ? Alors je vous invite à combattre ce que j’appelle le syndrome de la poutre en posant la question autrement : je me demande pourquoi je trouve de plus en plus que les gens sont ingrats. C’est autour de l’histoire secrète de la famille Igrecque que nous allons broder.

Il y a de cela quelque temps j’ai été témoin lointain d’une situation qui a fait voler toute cette famille en éclat. Je précise qu’il s’agit ici d’une famille dans les proportions africaines. Un membre de cette famille avait décidé de poser un acte de générosité envers un deuxième membre de la famille. Et d’autres membres de la famille ont considéré cette initiative comme de l’ingratitude envers un troisième membre de la famille. Comment une pratique aussi merveilleuse que la générosité pouvait-elle être prise pour de l’ingratitude d’un autre point de vue ?  Ils ont déterré les vieilles histoires de personnes décédées, de services rendus ou refusés, de gratitude ou ingratitude etc. Et ils se sont fait la guerre.  Pourquoi cette famille s’est-elle détruite ? Comment nous sert-elle de contre-exemple ? Le but ici est de découvrir si vos attentes en matière de reconnaissance sont celles de Dieu, celles du monde ou celle de votre chair.

1.Ils avaient leur propre vision de la reconnaissance.

Oui quand vous avez votre propre vision de la gratitude vous pouvez ne pas la voir là où elle s’exprime. Il nous arrive de trouver des personnes ingrates parce qu’elles ont manqué de manifester leur reconnaissance de la manière dont nous nous attendions à ce qu’elles le fassent. Voici trois exemples d’illustration.

  1. Une mère s’occupe seule de son garçon après la désertion de son mari. Une fois adulte le fils se réconcilie avec son père et décide d’en prendre soin matériellement. La maman, si elle a ses propres critères de gratitude, pourra considérer que son fils est un ingrat après tous les sacrifices qu’elle a consentis seule pour en faire un homme indépendant. Si elle est objective, elle comprendra que s’occuper de son père ne fait pas de son fils un ingrat vis-à-vis d’elle. L’ingratitude aurait été de ne pas s’occuper de sa mère qui a tout fait pour lui. S’il prend soin de sa mère il n’est pas ingrat même s’il prend soin de son papa autrefois absent.

2. Un pasteur donne sa vie pour une brebis au point de s’en occuper avec amour comme de son propre fils. La brebis un jour ne trouve plus auprès de ce pasteur ce dont elle a besoin et décide de s’en aller brouter ailleurs. Le pasteur déçu peut interpréter cela comme de l’ingratitude. Se détacher afin de trouver mieux à un moment donné de notre croissance spirituelle n’est pourtant pas de l’ingratitude. L’ingratitude serait de partir en disant du mal du pasteur comme s’il n’avait jamais rien fait de bon.

3. Une femme sert d’entremetteuse entre son ami homme et son amie femme. Il finit par la demander en mariage. Ils choisissent leurs 4 témoins. Puisque l’entremetteuse n’en fait pas parti elle trouve les amoureux bien ingrats. En tant que témoin de leur rencontre elle pense avoir le droit d’être témoin de leur union.  En mettant son orgueil blessé de côté elle pourra réaliser que les futurs mariés sont très reconnaissants car ils n’arrêtent pas de raconter à qui veut l’entendre que c’est grâce à l’entremetteuse qu’ils se sont aimés. Cette dernière est amère car ses standards de gratitude ne sont tout simplement pas les bons.

Lorsque vous avez votre propre vision de la reconnaissance, vous ouvrez grand la porte à la déception, à la frustration et à l’amertume.  Le service rendu qui devait vous unir à l’autre devient alors le facteur qui vous divise.

2.Ils ont donné à la reconnaissance un caractère perpétuel

Quelques fois à partir du moment où vous rendez service à une personne, elle prend ‘perpét’. Elle vous a déjà remercié, elle vous a aussi rendu un service plus tard. Mais en 2019, vous racontiez encore comment vous avez payé son loyer en 1997 et vous ne comprenez pas qu’elle puisse hésiter à vous rendre service en 2020.  Que dire de ceux qui pensent que la gratitude pour service rendu est extensible ou transgénérationnelle ? La sœur doit être reconnaissante pour le service rendu à son frère, ou le petit-fils doit éprouver de la gratitude pour service rendu à sa grand-mère, alors même que ça ne le concerne ni de près ni de loin. Vous ne permettez pas au bénéficiaire et aux siens d’oublier un seul instant qu’à un moment de sa vie vous avez répondu présent. Vous voulez que comme la sortie d’Egypte votre bienfait soit raconté sous toutes les formes littéraires, de génération en génération. Et que l’on vous remercie encore et encore. Ce genre d’attitude pousse l’autre à regretter d’avoir un jour reçu de vous. Vous transformez votre bienfait en fardeau. Nous devons en tant que chrétiens intégrer une chose :  on est reconnaissant à Dieu de manière continue car il nous offre la vie de manière éternelle. On est reconnaissant à l’homme de manière temporelle car il nous rend un service temporel.

3. Ils ont confondu reconnaissance et redevabilité

Si vous pensez que donner à quelqu’un revient à ce qu’il ait envers vous une dette au minimum psychologique ou affective , c’est que vous confondez reconnaissance et redevabilité.

Le mot redevable a plusieurs significations. L’utilisation qui nous intéresse répond à la définition suivante :  Nous sommes redevables à une personne qui nous a rendu service lorsque nous sommes obligés de rendre service en retour à cette personne le jour où elle nous le demande.

Le pire mal que l’on puisse faire à la reconnaissance c’est de la confondre avec la ‘redevabilité’. Une personne redevable est une personne qui n’a pas encore payé quelque chose. Une personne reconnaissante est une personne qui réalise le bien qu’on lui a fait. La ‘redevabilité’ est une obligation et la reconnaissance est un choix. La gratitude procure du plaisir là où la ‘redevabilité’ met un joug. La ‘redevabilité’ asservit et la reconnaissance libère.

Un bienfaiteur peut vous manipuler au point de vous faire croire que votre absence de sentiment de ‘redevabilité’ équivaut à de l’ingratitude. La personne qui se sent redevable s’expose à la servitude et à la domination de l’autre qui peut la maintenir dans une relation abusive.  Comme cette maman qui a été accueillie par son frère lorsque son mari l’a mise à la porte avec ses filles. Lorsque ses filles ont été abusées par son frère, parce qu’elle a confondu reconnaissance et ‘redevabilité’, elle n’a pas osé porter plainte contre lui. Une jeune fille de 16 ans a eu une démarche inverse. Hébergée par sa sœur elle a été violée par le mari de cette dernière. Elle a porté plainte malgré la farouche opposition de toute sa famille. Sans surprise, elle a été rejetée et traitée comme une ingrate n’ayant pas reconnu à sa juste valeur le service rendu par sa sœur.  Elle leur a répondu ceci : « je suis reconnaissante à ma sœur de m’avoir offert un toit, mais le viol et le vol de ma virginité n’était pas sur le contrat moral du service rendu. » Elle avait tout compris.

L’ingratitude équivaut à voler dans la maison d’une personne qui vous a gentiment hébergé alors que sans travail vous étiez à la rue. La ‘redevabilité’ c’est de se sentir obligé de rester quand cette personne dit avoir besoin de vous pour garder ses enfants, alors même que vous avez enfin trouvé un travail à 200 kilomètres de là. L’ingratitude c’est arriver tous les jours en retard au travail que votre oncle a eu du mal à trouver pour vous dans la société de son meilleur ami. La ‘redevabilité’ c’est se sentir obligé de faire les courses de cet oncle tous les week-ends sachant qu’avant de vous trouver ce poste il ne vous avait jamais imposé les courses.

Lorsque vous rendez service à quelqu’un et que vous omettez de lui préciser que vous attendez de sa part un contre-don, ce n’est pas un service : c’est un piège.

La reconnaissance est un acte d’humilité et elle est supérieure à la redevabilité.

Alors en tant que chrétiens, comment devons-nous rendre service pour éviter les fruits pourris que sont l’amertume, la frustration, l’aigreur, la peur de donner à nouveau, la méfiance, le regret, les remords etc.

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Les solutions se trouvent dans la Parole de Dieu.

  1. Vous rappeler que vous n’êtes pas Dieu. N’étant pas Dieu vous ne pouvez pas exiger des autres plus que lui-même n’exige. Pourquoi auriez-vous le droit de pousser l’autre à vous être reconnaissant, voire redevable ? Dieu déverse ses nombreux bienfaits dans nos vies et même s’il souhaite que nous lui soyons reconnaissants et qu’il hait l’ingratitude, j’ai vu des ingrats recevoir des bénédictions de sa part, encore et encore.

 

2. Donner comme pour le Seigneur: Il est écrit dans Colossiens 3 :23 “tout ce que vous faites, faites-le de bon cœur comme pour le Seigneur et non pour des hommes “. Oseriez-vous demander à Dieu de vous manifester de la gratitude ? Non. Alors donnez à l’autre comme si vous donniez à Dieu et vous ne serez jamais déçu.   Rendre service c’est comme planter une semence pour la croissance de l’autre. Vous plantez dans la vie de l’autre ; c’est par conséquent dans sa vie que les fruits visibles doivent pousser, pas dans la vôtre. Si vous récoltez de l’homme l’ingratitude ou la traitrise, Dieu évalue toujours vos actions à leur juste valeur.

3. Se rappeler que la louange revient à Dieu. Lorsque vous rendez un service, il est important de ne pas oublier que la louange et la gloire doivent toujours revenir à Dieu. Le bénéficiaire peut vous remercier, mais vous n’êtes qu’un canal du Créateur pour sa bénédiction. S’il remercie Dieu, c’est suffisant. Libérer ceux à qui vous rendez service est un acte spirituel d’une grande portée. Essayez donc le « Tu ne me dois rien » libérateur et mettez un point d’honneur à adopter l’attitude qui va avec. Cela procure un exquis sentiment de bonne conscience. Cela permet aux bonnes âmes pleines de gratitude de profiter pleinement de votre don, sans gêne, sans souffrance et sans se sentir redevables.

4. Donner c’est avoir déjà reçu. Paul nous rapporte dans Actes 20 :35 une parole du Seigneur : il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir. Ce verset est le BEABA de ceux qui ont entrepris de rendre service aux autres et qui ne veulent pas en souffrir. Il vous assure que votre don vous procure un bonheur plus grand que le plaisir de celui qui le reçoit ; Il vous informe que recevoir la reconnaissance du bénéficiaire ne vous donnera pas un plaisir plus grand que celui que vous retirez de votre geste. Vous êtes déjà comblé en donnant et le merci de l’autre ne rendra pas votre don plus plaisant aux yeux de Dieu. Votre don suffit à vous faire entrer dans les hauteurs du plaisir divin. Si l’autre réussit grâce à vous, vous pouvez y trouver votre satisfaction même sans un merci de sa part.

5. Et si vous travailliez sur votre propre reconnaissance ?  Il est commun de mettre l’accent sur l’ingratitude des autres et de ne jamais reconnaître la nôtre ou de la justifier. Gérard de Nerval a dit : il n’y a qu’un seul vice dont on ne voit personne se vanter, c’est l’ingratitude. Si vous avez (trop) besoin de reconnaissance, si vous êtes en mal de reconnaissance, si vous êtes frustré de ne pas recevoir autant que vous pensez mériter, sachez qu’une ombre plane sur votre propre sentiment de gratitude envers Dieu. Se plaindre des autres c’est se mettre dans une posture d’ingratitude vis-à-vis du Seigneur.

Au lieu d’attendre la reconnaissance de la part des autres il est peut-être temps de travailler sur votre propre reconnaissance.

Comment travailler sur sa reconnaissance ?

  1. Ne plus se sentir redevable. Je clarifie encore : la gratitude n’est pas la ‘redevabilité.’  Si vous êtes tombé dans le piège d’un bienfaiteur qui par son cadeau secrètement empoisonné vous pousse à être redevable pour ce qui au départ était clairement un service gratuit, osez vous libérer !  Dans Luc 17 versets 11 à 19, Jésus guérit 10 lépreux. Un seul revient vers lui pour manifester sa reconnaissance. Jésus semble attristé de l’attitude des autres, mais il ne va pas les chercher par le col pour exiger d’eux la reconnaissance. Si vous sentez une pression de l’autre, si vous avez les moyens de rendre pour être libéré, faites-le. Si vous n’avez pas les moyens de rendre libérez-vous spirituellement , mentalement et si possible physiquement.  Tant que ce n’était pas une dette, tant que cela n’avait pas été spécifié, tant que ce n’était pas un accord tacite, l’autre n’a pas à attendre un contre-don de votre part. Libérez-vous du joug de la servitude, sans culpabilité.

Il arrive aussi de se mettre soi-même sous le joug de la ‘redevabilité’ alors que celui qui nous a rendu service ne nous demande rien. Dans ce cas, posez vous les questions suivantes :  Pourquoi je me sens redevable sachant que mon bienfaiteur a agi de bon cœur ?  Est-ce le manque d’assurance, la peur, mon propre cœur hypocrite et méchant, ou mon orgueil qui m’impose de rendre la pareille afin d’effacer le service rendu et de me retrouver sur le même pied d’égalité que le bienfaiteur initial ? Sondez vos propres motivations et demandez la guérison à Dieu. Quelque fois nous aimons nous sentir redevables pour éviter d’être pleinement reconnaissants.

2. Travailler sur votre propre reconnaissance en étant reconnaissant. Colossiens 3 : 15 (soyez reconnaissants) ne s’adresse pas à votre frère ou à votre sœur, mais à vous premièrement. Vous voulez que les autres vous soient reconnaissants ? Soyez reconnaissants d’abord. Matthieu 7 :12 nous dit : “tout ce que vous voulez que les autres fassent pour vous faites-le également pour eux.”

Au lieu de comptabiliser les manquements des autres il est temps d’apprendre à être plus reconnaissant et de vous y appliquer avec soin et délicatesse afin de ne pas devenir l’ingrat des autres.

Vous voyez la sensation de plénitude qui vous manque lorsque vous pensez faire les frais de l’ingratitude ? Mesurez que quelqu’un d’autre peut ressentir la même chose parce qu’il n’a pas reçu de votre part la reconnaissance qu’il était en droit d’attendre. 2020 peut être l’année de la reconnaissance : revenir sur vos ingratitudes passées et les réparer d’un « pardon », d’un cadeau, d’un « merci », d’un acte de gentillesse, d’un témoignage qui met l’autre en avant etc. Mieux vaut tard que jamais, nous dit l’adage. Même si l’autre avait une vision erronée de la reconnaissance, à partir du moment où vous prenez conscience de sa souffrance par rapport à votre ingratitude supposée une clarification dans l’amour peut être nécessaire.  Par vos actes de reconnaissance vous pouvez être un canal pour la guérison de l’autre.

Embellissez votre propre jardin au lieu de regarder les mauvaises herbes qui poussent chez le voisin. Offrez-lui une magnifique vision de votre jardin, peut-être lui donnerez-vous l’envie de faire de même.

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Bonne année 2020 à tous.

theamijournal.com

 

 

 

 

 

 

 

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